Témoignage de Françoise Brial, née ESSAYAN _ VOYAGE EN ARMENIE du 21 avril au 2 mai 2018 avec SPFA

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Quoi de plus beau que de vouloir honorer son père ?

Quoi de plus beau que de faire un voyage en Arménie, pour tenter de « retrouver », par la pensée et l’émotion, ses grands-parents arméniens, son oncle ?

Quoi de plus beau que de désirer assouvir ce besoin d’identité au travers d’un voyage initiatique en Arménie ?

Témoignage de Françoise Brial, née ESSAYAN……

J’ai rencontré de jeunes Arméniens pendant ce voyage d’avril 2018 : certains comme mon père, les cheveux très sombres, d’autres comme mon oncle, le teint plus clair, le cheveu châtain…

Tous ont un féroce appétit de vivre, de s’en sortir, de trouver une place dans la vie actuelle ….

Et je revis souvent ce périple passionnant qui tenait plus parfois de l’expédition, tant les routes étaient incertaines.

Mais nos guides avaient toujours des solutions.

Voici à présent ce VOYAGE EN ARMENIE du 21 avril au 2 mai 2018 avec SPFA:

…. Notre groupe a été constitué de personnes de 17 à 84 ans, toutes « concernées » par un tel voyage oecuménique, culturel, humanitaire, dont on revient beaucoup plus ouvert à autrui et à l’ailleurs, … si loin, si proche !

Dans ce pays à la terre volcanique, nous avons vu des champs entiers d’abricotiers. Je n’en avais jamais vu autant. Cet arbre serait issu de ce pays, d’ailleurs.

Petit journal : faits, impressions et sentiments

« Le samedi 21 avril 2018, 22h, heure locale, Erévan

 Nous sommes arrivés à la nuit tombée en pleine manifestation contre le nouveau premier ministre et ex- président Sarkissian (comme Poutine…et d’ailleurs son copain) … impressionnant…

Mais à Erevan, à l’hôtel Europe, nous avons trouvé une chambre d’hôtel fort tranquille. Nous verrons demain : nous allons au centre cultuel le plus célèbre d’Arménie. Nous avons un super programme pour le séjour (cf. dépliant que nous ont remis Margrit et Janik Manissian) !

Dimanche 22 avril, 22h, heure locale, Erévan

 Belle journée aujourd’hui, très ensoleillée avec une température clémente !

Nous avons visité Etchmiadzin, la plus ancienne église et assisté à une messe arménienne (debout… on chante tout le temps, bien fort…et ça dure 2h30) : nous ne sommes pas restés jusqu’au bout … !

Après, nous avons pris connaissance et conscience des actions SPFA en Arménie : resto solidaire, soutenu par l’association France-Arménie, visite des ateliers qui en font partie, contact avec des jeunes, tout heureux et honorés que nous venions voir ce qu’ils font …

C’est à la fois émouvant et enthousiasmant.

Au retour, rues bloquées.

Protestations du peuple arménien (ça klaxonne encore d’ailleurs, police partout, …au coeur de l’actualité !) ; du coup nous avons pris le métro et abandonné le car pour rentrer. Un métro bâti par les Russes, du temps de l’Arménie soviétique.

L’aventure, quoi !

Ce soir, nous sommes donc allés au restaurant en taxi-minibus :

Nos organisateurs Janik et Margrit Manissian sont très forts pour trouver des solutions à toutes les situations, même bloquées (comme le car).

Demain on part à 8h pour Gyumri, puis vers un centre d’art et d’artisanat pour les jeunes et adultes ; resto solidaire, atelier de céramique, monument du tremblement de terre de 88…

Tout est planifié.

…Et j’ai vu le mont Ararat !!!!

très haut, très grand, plus de 5000 m (5161 pour être précise) avec une collerette de nuages : épatant, grandiose, émouvant aussi !

Je vais être à court de qualificatifs…

Jean-Marie, mon mari, prend moulte photos (il pourrait proposer les photos de la manif à un journal … je plaisante !).

Lundi 23 avril, 22h30, Erévan

Aujourd’hui long trajet, …en chemin nous nous arrêtons pour approcher d’une église de montagne, un bijou…

Puis nous poursuivons vers Gyumri, lieu du tremblement de terre de 1988 qui avait fait 30 000 morts, 100 000 blessés, et qui panse ses blessures ; visite de lieux où est intervenue l’association pour aider …

Ici , un « resto solidaire » très fréquenté où l’on sert des repas chauds….

Et là, l’école Endanik et l’office Pyunic, et l’Espace Jeux.

Les jeunes filles et jeunes gens nous montrent l’étendue de leurs talents de danseurs traditionnels.

Et l’on peut tisser, peindre, broder….

On vient de rentrer à l’hôtel…pfff …après cette grande journée ensoleillée où on a revu l’ARARAT ! et l’Aragatz et … trop beau et caillouteux en même temps …jamais vu autant de vergers d’abricotiers déjà en fruits verts !!!

…en rapporterais bien pour planter à la maison, mais ce n’est pas la saison…

Voyage passionnant…

Mardi 24 avril, Erévan

          A Erevan, nous visitons le musée de Sergey Paradjanov, réalisateur d’origine arménienne, célèbre pour ses films qui questionnent beaucoup sur le sens de sa vie, sur la conduite humaine, à rapprocher peut-être de Buñuel parfois ; il a été aussi peintre, sculpteur, « colleur » de matières, et a créé des œuvres à décrypter selon sa vie, ses idées.

L’artiste montre une curiosité étonnante et un insatiable appétit de création qui provoquent le spectateur et le poussent à réagir.

Grand beau temps sur Erevan.

Les Arméniens aujourd’hui rendent hommage aux martyrs de 1915 et sont très, très nombreux ; nous nous inclinerons demain devant le Mémorial.

Nous visitons ensuite le bureau SPFA de Erevan et rencontrons tous ceux qui œuvrent pour les jeunes ici.

Nous découvrons les responsables et les écoutons décrire leurs tâches respectives ; nous allons voir la pièce « joie de lire », très claire et attrayante pour l’initiation au français des plus jeunes.

…L’Ararat est si majestueux…Je l’ai photographié, et Jean-Marie aussi, au moins une dizaine de fois…Il dit toute la dignité des Arméniens.

Mercredi 25 avril, Erévan

Aujourd’hui, c’est Achtarak avec visite de deux églises-monastères :

très belles, au milieu de rien, de la campagne pauvre, au coin d’une petite route très accidentée…

Un beau temps avec chaleur, donc de belles images, de fortes émotions…

Avant-hier déjà nous avions chanté « due pupile » de Mozart parce qu’on nous le demandait, et aujourd’hui, c’est un psaume russe « tiebie paöm »…

    Des jeunes gens nous accompagnent chaque jour pour converser, échanger, nous guider ; et parmi eux, aujourd’hui Gohar, une jeune fille de Goris, (où nous passerons demain) a entonné un chant sacré arménien dans chaque église : une voix d’alto chaude et vibrante, et fervente, et forte, et… une merveille pour les oreilles…

Retour à Erevan et manifestations à nouveau : les gens veulent que tous les membres du parti de Sarkissian au parlement s’en aillent, et avancer des élections.

Ils ne sont pas au bout du chemin, à mon avis.

Nous sommes allés, après manger, à Tsitsernakaberd, « la colline des hirondelles »

Nous avons visité le mémorial en souvenir des victimes du génocide de 1915 : une guide nous a commenté les photos ou documents, le plus souvent insoutenables, de la persécution depuis longtemps des Arméniens par les Turcs, des mensonges, des tentatives pour alerter, des atrocités pourtant perpétrées en toute impunité…

J’ai pensé à mon grand-père Nichan….

Et nous sommes allés porter une fleur au monument érigé, je vous montre les photos où l’on distingue la flamme centrale, espoir, entourée de mètres de fleurs récemment déposées, en une masse joyeuse, malgré tout, car multicolore… très impressionnant, et le mot est faible.

Demain nous partons en direction de l’Artsakh par le sud.

Jeudi 26 avril, en route pour Goris,

 Grand beau temps ! nous avons côtoyé de très près le mont Ararat avec son petit Ararat aussi : ces deux volcans éteints sont vraiment fascinants de majesté enneigée.

On manifeste encore sur la route…

Du monastère de Khor Virap où fut jeté Grigor (appelé plus tard l’Illuminateur, à l’origine du christianisme accepté par le royaume, début IVème siècle), on voyait, distinguait plutôt, la frontière arméno-turque avec miradors côté arménien et côté turc, sous un soleil très chaud : cette frontière est gardée en permanence par les Russes qui garantissent ainsi la non-agression …

Ensuite nous nous sommes rendus à Artachat pour rencontrer les jeunes du centre des travaux parascolaires où tous nous attendaient, mis sur leur 31, en habits de fête, avec la brioche à couper et à tremper dans le sel, signe de bienvenue…

Des chants, des danses, des expositions de leurs travaux réalisés en peinture, poterie, artisanat du bois…

C’était particulièrement émouvant de voir combien ils étaient fiers de pouvoir nous montrer leurs réalisations matérielles et artistiques, de constater leur sincère reconnaissance envers les Manissian, et aussi d’apprécier ce qu’ils avaient fait ou travaillé…

Après le repas, dans un endroit très « grand hôtel » style surchargé, on est repartis vers Goris.

On a longé la frontière avec l’enclave Azéri.

Et on n’a pas manqué de s’arrêter à Novarank, dans la région de Vayots Dzor.

Un endroit exceptionnel par sa situation et son passé : on se serait cru aux débuts de quelque chose, du christianisme, de … je ne sais pas bien…

Mais l’impression et l’émotion étaient particulièrement fortes.

Nous sommes quand même fatigués ce soir, mais nous avons bien ri à l’hôtel, un très curieux endroit, quand nous sommes enfin arrivés vers 21h…

Vendredi 27 avril, en Artsakh, en route pour Stepanakert,

…Nous voici en Artsakh, territoire autonome ou république auto proclamée, mais non reconnue par l’international…c’est vraiment compliqué, c’t’affaire !

Ce matin, nous sommes montés en téléphérique (qui plane jusqu’à 320 m du sol et parcourt presque 6 kms) au monastère très prisé de Tatev…

Un prêtre bienveillant (ils le sont tous) m’a bénie – je le lui ai demandé – pour toute ma famille (les présents, les anciens disparus trop vite), avec mon foulard sur la tête…

très doux, ce moment.

Moi qui suis sur les marges de toute croyance, mis à part en l’homme et en sa capacité à s’améliorer…

Jean-Marie aussi s’est fait bénir.

Le temps était pluvieux cet après-midi mais l’hôtel est «grand luxe » à Stépanakert, et cela nous repose du trajet sur des routes chaotiques ; j’ai même pris un bain pour me délasser !

Vue sur Stépanakert

Dans le car on bavarde, on échange avec les jeunes étudiantes : elles nous expliquent l’Arménie côté humain, côté histoire récente, côté idées ; on chante aussi.

Il y a des moments où je suis « épuisée » par toutes ces nouveautés et ces moments denses que je ne veux pas manquer …

Demain, on aura un temps dans le centre SPFA de Stepanakert : c’est là que nous laisserons les vêtements que nous avons apportés.

Samedi 28 avril, Stepanakert

…Encore une très belle et riche journée en Artsakh : visite du lieu SPFA (solidarité protestante France-Arménie) où nous avons laissé les vêtements apportés pour les familles.

On nous a parlé des différents projets et, en particulier, du financement de moutons pour les familles rurales.

J’ai « acheté » un mouton, rassurez-vous, je ne le rapporte pas !

Lilit explique à Gayané le fonctionnement du centre et des dons de moutons. Gayané, notre chère accompagnatrice francophone, si discrète et si présente à la fois, a des liens de naissance avec Stépanakert…

Voici le mode d’emploi :

Une famille aura le devoir de garder son mouton 4 ans pour qu’il se reproduise avec celui d’une autre famille ; c’est un contrat SPFA, elle ne doit pas le tuer avant…pour la viande…, afin que les bêtes se multiplient et apportent du réconfort à d’autres familles non encore dotées.

Nous avons vu le marché aussi.

Alors que je rejoignais le car à midi moins vingt, une dame assise devant sa maison m’a fait de grands signes et sourires et m’a invitée à m’asseoir :

« neusté ! neusté ! » : ça, j’ai compris (mon père le disait), et je suis allée à côté d’elle.

Mais pour parler, ce n’était pas la même ! J’ai cherché de quoi échanger dans mon petit livre et nous y sommes arrivées ; les chiffres et nombres, les jours de la semaine, bref, le bonheur, pour elle comme pour moi… Elle voulait m’inviter à boire un café mais il fallait partir…

Elle m’a serrée dans les bras.

Papik et Tatik ( grand-père et grand-mère !)

Après nous avons roulé jusqu’au village de Khatchen, très « accompagné » par l’association depuis plus de 20 ans.

Nous avons été reçus par les enfants de l’école, leurs maîtresses et le maire : chansons, danses, visite des ruches récemment financées par l’association ; visite de l’église reconstruite aussi par le même biais; dépôt d’oeillets blancs sur les stèles des morts du village au cours des différentes guerres ou affrontements jusqu’en 1995 ! et même encore en 2016…

Repas délicieux sur place, avec eux, préparé par la belle-mère du maire….

Départ et visite du complexe monastique de Gandzassar du XIIIème siècle, restauré à différentes époques.

Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit d’une zone de conflits avec les Azéris, très surveillée un peu plus loin par de jeunes militaires arméniens -deux ans de service militaire obligatoire ! -, qui, paraît-il, manquent d’eau : un autre projet pour SPFA, leur acheminer une conduite d’eau.

Dans l’église une jeune étudiante, Anna, originaire de Erevan,  a chanté de sa belle voix de contralto ;  ça rendait magnifiquement bien et était un moment précieux ; et nous avons chanté aussi un « stabat mater », Jean-Marie et moi ; puis nous avons attendu qu’il n’y ait plus que nous, et nous avons testé l’acoustique du « gavit » (ou narthex) en chantant encore…

Ah, nous aurions continué longtemps, plus de notion du temps, plus de contrainte…

… J’ai les idées qui se brouillent, tellement il y a à dire…

Sur le chemin du retour, grosse fumée acide qui s’échappait de l’arrière du car…arrêt et réparation de fortune : déconnecter la climatisation … et c’est reparti.

Ce sont des cars très anciens, qui roulent encore avec beaucoup, beaucoup de kilomètres.

Il se passe toujours quelque chose !

Après on a circulé dans la ville de Stepanakert avec un van dont le jeune chauffeur roulait très « brutalement »…

Arrêt au centre Charles Aznavour : il y a l’association « Paul Eluard » liée à SPFA qui promeut le français ; donc visite, accueil chaleureux, témoignages d’étudiants et visionnage de petits films explicatifs.

Nous avons pu ensuite échanger avec les personnes présentes, pratiquement que des femmes…

Resto très sympa ensuite ; un lieu créé par un ami des Manissian pour accueillir la jeunesse, des petits spectacles et faire un peu de restauration : on nous avait préparé un spectacle de musiciens et de chanteurs (lyriques)… et on a fini là en chantant nous-mêmes, un petit air de Mozart, …au hasard, le « due pupile » … !

Dimanche 29, vers Dilidjan

…Encore en Arthsakh ce matin : nous sommes repartis de Stepanakert et de notre hôtel « grand luxe » vers 9h 30, après avoir récupéré nos passeports.

Cela commence à tirer un peu, autant de car, mais c’est pour la bonne cause !

Nous avons changé de car parce que le précédent a eu la climatisation grillée.

Nous revoilà dans les routes sinueuses pour remonter vers le nord-ouest : Dadivank d’abord, où nous avons rencontré le prêtre après l’office auquel nous avons un peu assisté.

C’est un homme massif, immense, vêtu d’une grande robe noire avec une croix en argent (croix arménienne, évidemment), père de cinq enfants, qui a combattu contre les Azéris dans son monastère, alors que ses fils étaient sur le front, … une véritable « armoire à glace », solide, au sourire bienveillant, accompagné de sa petite-fille Natalia ; il est venu nous voir à la fin de notre pique-nique sur place.

…Vers la « frontière », ensuite, vers la haute montagne de plus en plus désertique et battue par les vents…

Un col à 2340 m et plus loin le lac Sevan à1900 m, une véritable mer…

Deux fois, nous avons été arrêtés par des manifestations : les gens continuent à protester contre la situation politique…ma foi, nous prenons patience et puis c’est tout.

En fin d’après-midi, après avoir cheminé dans un cimetière de Khatchkhars, nous avons escaladé les 253 marches pour atteindre le monastère de Haghartsine sur la hauteur de la presqu’île du lac Sevan.

…et hôtel à Dilidjan….

Là, on sirote une infusion avant le coucher dans un véritable appartement avec vue sur la ville…

Lundi 30 avril, retour à Erévan

Après un lever dans le brouillard, à Dilidjan dans notre appartement avec vue sur la ville et les lilas en boutons et fleurs, nous sommes repartis vers le lac Sevan pour obliquer vers le monastère rupestre de Guéghard (encore une merveille !).

Anna à la belle voix (la jeune francophone qui nous accompagne) a chanté dans la chapelle…. Un ange passe…

Nous sommes repartis en direction de Garni, en nous rapprochant de Erevan, et là nous avons mangé chez l’habitant qui développe sa terrasse et son espace vert : tout est encore en construction mais l’aire de repas est belle, au milieu des arbres fruitiers en « plein air abrité » !

Toujours des spécialités arméniennes, légumes variés en salade, lamelles de poulet assaisonnées à quelque chose, beaucoup de coriandre partout, haricots rouges aux herbes, concombre et tomates en morceaux (ils ont de très grandes serres chauffées au gaz russe : les tuyaux courent partout à la surface, au bord des routes, au-dessus).

C’étaient les entrées.

Puis de la viande hachée de boeuf aux oignons, roulée en boudin et cuite au feu de bois en brochettes, des demi-pommes de terre cuites sur le même modèle après marinade et précuisson à l’eau ; et café oriental, brioche arménienne.

Sur la table il y a toujours des bouteilles d’eau plate ou d’eau pétillante cachetées. On découvre tous les jours un type de lieu de restauration nouveau.

Ensuite nous sommes allés sur le site du temple païen de Garni qui est très « couru » par les habitants de Erevan, le point de vue à partir de là est très impressionnant.

L’Arménie est un petit pays mais les paysages sont grandioses sur ce plateau à 1000 m environné de montagnes bien plus hautes…

Et retour à l’hôtel Europe.

Et … concert des « nouveaux noms » à 18h, dans une très belle salle, non loin du mémorial : de jeunes musiciens se sont succédé ;

ils ont de 8 à 14 ans et se sont déjà distingués dans d’autres pays, lors de concours… extrêmement doués au violon, au piano, à la cithare (le kanoun), au duduk, au kamanche…à la percussion, à la voix…

Ils avaient leurs habits de concert, leurs familles étaient là, très fières de leurs rejetons.

Et il y avait de quoi :

ils jouent de façon professionnelle, expressive, avec une dextérité et une vélocité extraordinaires.

C’est infiniment émouvant… Ils sont patronnés par une dame qui a 88 ans etune main de fer…

L’ambassadeur de France est venu (il a eu le mérite de venir, les manifestations ont retardé son arrivée) car il ne manque pas de marquer par sa présence son admiration pour ces jeunes, ce qui est très apprécié. Madame l’ambassadeur de France à Kiev était là, aussi.

SPFA promeut aussi les cours, instruments et tournées de ces jeunes talents.

Et nous sommes allés manger dans un lieu somptueux, avec cette dame, directrice, et des professeurs de l’école de musique…

A la fin du repas, on a fêté l’anniversaire d’Annie et de François son mari, et Margrit et Janik ont demandé que l’on s’exprime sur le voyage et notre ressenti…

Autre moment plutôt fort…

J’ai parlé de Pépé…de son chemin de vie…de mon projet de longue haleine en son honneur…

Demain c’est journée libre, 1er mai, élections aussi ici, à ce que j’ai compris, donc encombrement des rues…

C’est le dernier jour, on se retrouvera tous à 19h30…

Mardi 1er mai, Erévan

… Journée libre…

Beaucoup de manifestations dans la ville à pied, en voiture, en moto, en vélo toute la journée… et ce soir, le ton monte…

Je vais chercher l’actualité pour savoir ce que cela signifie ; en tout cas, ils connaissent bien le maniement du klaxon !

On a sillonné un peu la ville car je voulais acheter du tissu ; Lilith et Gayané nous ont pilotés fort aimablement, mon cousin Jacques et moi.

J’ai reçu des cadeaux : un pendentif « grenade », le fruit symbole de l’Arménie, un marque-page avec l’alphabet, une écharpe. Elles sont très gentilles et on n’a pas été en reste.

Aujourd’hui vers midi, nous avons vu entrer dans le hall de l’hôtel une médecin du monde MSF (Médecins sans frontières) française, Isabelle, qui vit ici depuis dix mois : elle avait entendu parler français dans la rue et s’était fait connaître.

Claude (la soeur d’Anne-Marie, et belle-soeur de Jacques, mes chers cousins sans qui je n’aurais pas connu ce voyage) et son amie très sympathique, Lucianne, devisaient ensemble ; elle s’est donc présentée à elles et a commencé à discuter du pays.

Nous avons fait cercle autour d’elle et elle nous a présenté son vrai visage de l’Arménie, tel qu’elle l’a vu dans ses missions aux quatre coins du pays…

Vraiment impressionnante, la réalité sociale… beaucoup de misère, de mensonges, de non-dits… la recrudescence de la tuberculose… la fuite à l’étranger pour travailler des classes moyennes (il reste donc plutôt 2,5 millions d’Arméniens selon elle), les plus misérables qui restent avec les « mafieux » locaux aux grosses voitures…

Et la jeunesse qui ne veut plus de tout ça et manifeste fort son rejet de la corruption, de la misère… Son avis était plutôt « tranché », elle est au coeur du quotidien de la santé.

J’ai vu sur Armenian News que les Azéris se rapprochent de la frontière en faisant des manœuvres militaires au Haut Karabakh..; pas très encourageant : il semblerait qu’ils profitent de l’état politique de l’Arménie pour se rapprocher.

Ah ils ne sont pas encore « au bout du tunnel », nos Arméniens…

J’ai appris aussi grâce à Isabelle que les Russes accueillent volontiers les Arméniens qui se réfugient sur le territoire pour trouver du travail… ils les embauchent en Sibérie dans la construction, comme des esclaves, et ils reviennent avec des affections pulmonaires…

La Russie, qui maintient sa main sur l’Arménie (bases militaires, gaz, stationnement de troupes sur la frontière arméno-turque) garde un œil sur ce pays chrétien, au milieu de pays musulmans…

Des Russes favorables ? pas favorables ? en tout cas, intéressés…

Mercredi 2 mai, Erévan, dernier jour…

…Dès 5h, heure Erevan (= 3 h, heure française), nous étions debout, pour partir vers l’aéroport qui n’était qu’à 12 kms d’Erevan ; l’avion devait décoller à 9h05.

Nos organisateurs SPFA, Janik et Margrit Manissian, toujours aux aguets et cherchant l’info au portable (pendant tout le séjour ils ont communiqué avec Arpeth, responsable SPFA de la ville de Erevan), avaient anticipé les possibles manifestations et nous ont pressés pour partir dès 6h15, ce que nous avons fait.

Heureusement, car la route a été fermée par les manifestants mécontents de ce qui se passe au parlement arménien.

Le personnel navigant a été bloqué, paraît-il, et a fini une partie de la route à pied.

Nous sommes donc partis à l’heure, un peu inquiets pour l’avenir de l’Arménie… petit pays écartelé entre les ambitions de certains « loups » et les espoirs de la jeunesse… et les rancoeurs des Azéris qui se massent aux frontières du Haut Karabakh…

Que de souvenirs ! Ma tête et mon coeur ont besoin de repos pour faire un reportage photo digne de ce que nous avons vécu…

Je vais m’y atteler dès que nous serons rentrés… et regarder le site « armenianNews » pour comprendre ce qui se passe beaucoup mieux que dans les entrefilets partiels ou/et partiaux de la presse internationale.

Un voyage initiatique… »

A mon père et à mes grands-parents Essayan, à Anne-Marie et à Jacques, à Jean-Marie, à maman, à nos filles,

à Harpet, (responsable SPFA à Erevan), Margrit, Janik, Antranik,…Arpiné, (notre guide éclairée), Lilith, (deux, dont l’une est responsable SPFA), Gayané, (deux aussi), Anna, Garéguine, Hasnik,…

 Françoise Brial, née Essayan

 Décembre 2018